Un livre des origines jamais refermé : l’apport sauvage continue
Chez la grande majorité des races, le livre des origines est fermé : pour qu’un chien y soit inscrit, ses deux parents doivent être des représentants enregistrés de la même race. Le Chien de Canaan fait exception — sa particularité la plus lourde de conséquences pour l’élevage.
Le document pédagogique de la FCI décrit le mécanisme ainsi : « Un bon nombre d’animaux ont été ajoutés au pool génétique à partir de la population parias tout au long des années 1980. Aujourd’hui, nous avons rarement la chance de trouver un chien né sauvage que nous puissions ajouter au cheptel reproducteur, mais lorsqu’un tel chien est trouvé, il est inscrit au livre des origines après examens. » Le canal d’apport de sang neuf venu de la population naturelle reste donc formellement ouvert — une rareté que les autres races n’ont tout simplement pas.
Cela touche la santé génétique. Un livre fermé rétrécit la diversité avec le temps ; un canal ouvert permet en théorie de la réalimenter. Reste à savoir dans quelle mesure il fonctionne, puisque la FCI reconnaît elle-même que les trouvailles sont devenues rares.
La robe : là où les standards se contredisent frontalement

La couleur est l’endroit où le désaccord entre registres cesse d’être théorique et décide du sort d’un chien précis sur le ring.
La FCI écrit : « Sable à rouge-brun, blanc, noir ou panaché, avec ou sans masque. S’il y a un masque, il doit être symétrique. Un masque noir et des marques blanches sont admis dans toutes les couleurs. Un dessin comme celui du Terrier de Boston est courant. Les couleurs gris, bringé, noir et feu ou tricolore ne sont pas admises. Les couleurs rappelant celle du désert — sable, doré, rouge ou crème — sont les plus typiques de la race. »
La contradiction la plus vive porte sur la couleur foie et sur le pigment. Le document pédagogique de la FCI range parmi les défauts graves les « couleurs incorrectes — foie, noir et feu, manque de pigment » et précise qu’une « pigmentation de la truffe foie, rose ou panachée est inacceptable » ; le standard exige une truffe noire, sans réserve. L’UKC est du même côté : gris et foie y sont inacceptables.
L’AKC, au contraire, autorise le foie : selon son standard, la couleur « peut aller du noir à toutes les nuances de brun — du sable au rouge ou au foie », et la truffe est « fortement pigmentée ou de nuances variables de foie ». Un chien à truffe foie, parfaitement correct outre-Atlantique, sera donc pénalisé sur le pigment en Europe.
Les registres divergent aussi sur la sévérité. À la FCI, deux défauts seulement entraînent l’exclusion, et aucun ne concerne la robe : « chien agressif ou peureux » et « tout chien présentant de façon évidente des anomalies d’ordre physique ou comportemental ». À l’AKC, c’est l’inverse exact : les deux disqualifications sont des disqualifications de couleur — « gris et/ou bringé » et « entièrement blanc ». Le club britannique est le plus strict de tous : « toute autre couleur ou combinaison de couleurs est inacceptable » — il interdit donc tout ce qu’il n’a pas nommé.
Le blanc mérite une mention à part. La FCI le range parmi les couleurs admises ; l’AKC disqualifie le chien entièrement blanc, alors même que son propre « patron 1 » est décrit comme « à dominante blanche, avec masque ». La nuance est fine, mais déterminante pour l’éleveur.



