Le bangkaew thaïlandais (Thai Bangkaew Dog) est la seule race de Thaïlande que la Fédération Cynologique Internationale (FCI) ait rattachée à la section des spitz asiatiques. Son standard porte le numéro 358 et compte parmi les plus jeunes du groupe : la reconnaissance provisoire est datée du 14 avril 2011, la reconnaissance définitive du 21 juin 2022. Hors de son pays d’origine, la race reste rare, et c’est précisément pour cela que circulent à son sujet quantité de récits que l’on confond aisément avec le document. Cet article repose sur cette distinction : d’abord ce qui est écrit dans le standard de la FCI, ensuite ce qui a été publié sur le bangkaew dans la littérature vétérinaire à comité de lecture, et séparément ce que l’on raconte de la race en Thaïlande. Pour en savoir plus sur les races et leur entretien, rendez-vous sur Tvaryny.
Le bangkaew thaïlandais en bref

Le bangkaew thaïlandais en bref · 12
| Caractéristique | Données et repères |
|---|---|
| Pays d’origine | Thaïlande |
| Classification FCI | Groupe 5 (chiens de type spitz et de type primitif), Section 5 (spitz asiatiques et races apparentées), sans épreuve de travail |
| Numéro du standard | n° 358 |
| Utilisation selon le standard | chien de compagnie |
| Reconnaissance provisoire de la FCI | 14 avril 2011 |
| Reconnaissance définitive de la FCI | 21 juin 2022 |
| Hauteur au garrot (mâles) | minimum 46 cm, maximum 55 cm |
| Hauteur au garrot (femelles) | minimum 41 cm, maximum 50 cm |
| Poids | 16–20 kg (mâles), 14–18 kg (femelles) — hors standard, voir plus bas |
| Espérance de vie | 10–13 ans — hors standard, voir plus bas |
| Robe | double : poil de couverture droit et dur, sous-poil doux et dense |
| Couleur | fond blanc à taches nettement délimitées |
Une précision s’impose d’emblée, et elle manque presque toujours dans les descriptions grand public. La rubrique « SIZE » du standard n° 358 ne réglemente que la hauteur au garrot, et séparément pour les mâles et pour les femelles. Le poids n’apparaît nulle part dans le document, l’espérance de vie non plus. C’est pourquoi deux lignes du tableau ci-dessus sont signalées « hors standard » : ce sont des chiffres qui circulent dans les ouvrages de vulgarisation, non une norme que le juge vérifie sur le ring. Si vous lisez une description où le poids du bangkaew est présenté comme « conforme au standard FCI », l’erreur vient de l’auteur de cette description.
La seconde précision concerne la taille. Le standard donne des valeurs différentes pour le mâle et pour la femelle, et les fondre en une seule fourchette du type « 41–55 cm » n’est pas recevable : la borne basse appartient aux femelles, la borne haute aux mâles, et aucun chien pris individuellement n’entre dans cette fourchette « commune ». La lecture correcte est la suivante : mâle, de 46 à 55 cm ; femelle, de 41 à 50 cm. Les écarts dans un sens comme dans l’autre sont classés parmi les défauts.
La légende du sang sauvage : ce que dit le document et ce que dit la tradition
L’affirmation la plus répandue sur le bangkaew tient en une phrase : le sang d’un chacal sauvage coule dans ses veines, et la génétique l’a confirmé. Séparons-la en deux parties, car leur statut n’a rien de comparable.
La première partie — l’ascendance d’un canidé sauvage — figure dans le standard de la FCI. Ce n’est pas un récit d’internet : le document officiel de la FCI fait lui-même remonter la généalogie de la race au croisement de la chienne de l’abbé avec un canidé sauvage. Mais le document se garde délibérément de nommer une espèce et précise que ce canidé est éteint. La tradition thaïlandaise désigne deux animaux pour le rôle d’ancêtre sauvage : le chacal (Canis aureus) et le chien rouge, ou dhole (Cuon alpinus). Les deux espèces sont vivantes aujourd’hui : aucune ne coïncide donc avec la formule du standard sur un « canidé sauvage éteint ». Ce n’est pas une raison d’écarter la tradition, c’est une raison de ne pas la faire passer pour un fait zoologique établi.
La seconde partie — « la génétique l’a confirmé » — relève d’un autre statut, et nous ne la signons pas. Les généticiens ont bel et bien étudié la race, à plusieurs reprises, mais l’objet de ces travaux était autre. En 2020, une équipe de l’université de Chiang Mai a publié dans PeerJ un travail d’identification des races par marqueurs ISSR : 463 chiens, 43 races, dont 18 bangkaew. En 2024, un groupe de l’université Kasetsart a publié dans Genes & Genomics un travail consacré précisément au bangkaew : 82 chiens issus de différentes localités de Thaïlande, 15 locus microsatellites et l’analyse de la boucle D mitochondriale. Les deux articles décrivent la diversité intra-raciale et construisent un outil d’identification des individus ; la question d’une hybridation avec des canidés sauvages n’y a jamais été posée. Voilà pourquoi, dans cet article, la légende du monastère est présentée comme une tradition de race — belle, ancienne et importante pour la race elle-même — et non comme le résultat d’une analyse ADN.
La conclusion pratique pour l’acheteur est plus simple qu’il n’y paraît. Le « sang sauvage » d’une annonce de portée ne recouvre rien de vérifiable, tandis que les résultats du travail de 2024 recouvrent quelque chose : les auteurs ont retenu un panel optimisé de 10 locus microsatellites, suffisant pour l’identification individuelle d’un bangkaew. C’est la chose que l’on peut réellement vérifier en laboratoire chez cette race.
Il faut la même prudence face aux affirmations sur le « comportement de loup » du bangkaew. Les observations sur une hiérarchie plus complexe ou un langage corporel « lupin » chez les races primitives circulent parmi les cynologues, mais ce sont des impressions de praticiens et non un paramètre mesuré ; sur une page de race, leur place est celle d’une impression.
La couleur : pourquoi un chien entièrement blanc n’est pas un bangkaew
La couleur, chez cette race, n’est pas un détail décoratif mais l’un des deux motifs pour lesquels un chien est le plus souvent retiré du ring de race. Le standard la formule ainsi : fond blanc à taches nettement délimitées. Les taches peuvent prendre toute nuance de « citron », de rouge, de fauve, de feu ou de gris, avec un charbonnage plus ou moins marqué à l’extrémité des poils — jusqu’à donner une impression tricolore ; le blanc à taches noires pleines est autorisé à part.
- La forme et la répartition des taches sont libres : le standard ne les limite pas.
- Les marques symétriques sur la tête couvrant les yeux et les oreilles sont souhaitables, avec ou sans masque foncé.
- Une marque blanche autour du museau est souhaitable.
- Un léger moucheté dans le blanc est toléré si le chien est par ailleurs d’excellente qualité.
Venons-en aux deux limites que les descriptions grand public fondent d’ordinaire en une seule phrase : « le blanc pur et les robes unicolores ne sont pas admis ». En réalité, le standard range ces cas dans des rubriques différentes, et les conséquences ne sont pas les mêmes.
| Cas | Statut selon le standard n° 358 |
|---|---|
| Robe entièrement blanche, ou blanche avec un simple moucheté | défaut grave (severe fault) |
| Robe unicolore avec de petites marques blanches | exclusion |
| Poil court ou lisse | exclusion |
| Léger moucheté dans le blanc chez un sujet par ailleurs excellent | toléré |
La différence est de principe : un défaut grave est un lourd handicap sur le ring, une exclusion signifie la sortie du jugement. Un chien blanc à moucheté à peine visible est donc un bangkaew médiocre pour la couleur, tandis qu’un chien rouge ou noir à « chaussettes » blanches est un chien que le standard écarte du ring de race.
Défauts, défauts graves et exclusion : comment lire le jugement
Le standard n° 358 construit le jugement sur trois degrés, et l’acheteur d’un chiot gagne à voir l’échelle entière : elle montre quels caractères la race tient pour essentiels. Le principe général est posé en tête de rubrique : tout écart par rapport à la description est considéré comme un défaut, et la gravité du défaut doit être proportionnelle à son degré et à ses conséquences sur la santé et le bien-être du chien.
Défauts ordinaires
- Museau trop large ; truffe dépigmentée.
- Yeux grands et ronds ; yeux clairs ; grandes oreilles.
- Dos voussé ; dos ensellé.
- Queue plaquée sur le dos ; queue basculant sur le côté.
- Absence de collerette et de franges à l’arrière des membres antérieurs.
- Allure « à la rame » ou jeté des pieds vers l’extérieur.
- Taille au-dessus ou au-dessous de la norme.
Défauts graves
- Absence de plus de trois dents.
- Robe entièrement blanche, ou blanche avec un simple moucheté.
Défauts entraînant l’exclusion
- Chiens agressifs ou excessivement peureux.
- Tout chien présentant des anomalies physiques ou comportementales manifestes.
- Prognathisme supérieur ou inférieur.
- Oreilles tombantes.
- Queue congénitalement courte ; queue enroulée ou nouée.
- Poil court ou lisse.
- Robe unicolore ne portant que de petites marques blanches.
Notez la première ligne de cette dernière liste. L’agressivité, chez cette race, n’est ni une « qualité de travail » ni un « instinct de garde renforcé » : c’est un motif d’exclusion, au même titre que la peur excessive. Le standard ajoute la réserve habituelle de la FCI : les mâles doivent avoir deux testicules d’aspect normal, complètement descendus dans le scrotum, et seuls des chiens fonctionnellement et cliniquement sains, de conformation typique de la race, doivent être utilisés pour la reproduction. Aucun examen obligatoire précis des reproducteurs — radiographies des hanches, dépistage ophtalmologique, tests ADN — n’est prescrit par le document. C’est un trait général des races jeunes et peu nombreuses, et l’acheteur doit comprendre que l’exigence d’un éleveur relève ici de sa propre décision, non d’une obligation du standard.
Le bangkaew thaïlandais et le ridgeback thaïlandais sont deux races différentes
Les deux races thaïlandaises sont régulièrement confondues, notamment parce qu’elles appartiennent toutes deux au groupe 5 de la FCI. Au-delà, elles ont peu en commun : sections différentes, utilisations différentes, aspect différent, histoire d’exposition différente.
Le bangkaew thaïlandais et le ridgeback thaïlandais sont deux races d… · 6
| Bangkaew thaïlandais | Ridgeback thaïlandais | |
|---|---|---|
| Standard FCI | n° 358 | n° 338 |
| Section du groupe 5 | Section 5 — spitz asiatiques et races apparentées | Section 6 — type primitif, chiens de chasse |
| Reconnaissance provisoire de la FCI | 14 avril 2011 | 6 mars 1993 |
| Reconnaissance définitive de la FCI | 21 juin 2022 | 26 mai 2003 |
| Poil | double, modérément long, avec collerette et franges | court, avec une crête le long de l’échine |
| Taille des mâles selon le standard de la race | 46–55 cm | voir le standard n° 338 |
La différence apparaît jusque dans les travaux de génétique. Dans l’étude ISSR de 2020 déjà citée, le dendrogramme des races a placé le bangkaew dans un même groupe que le chow-chow et les races nordiques de traîneau, tandis que le ridgeback thaïlandais s’est retrouvé sur une autre branche. Et dans un travail de 2025 paru dans Biochemical Genetics, consacré cette fois au ridgeback (105 chiens issus de différents élevages de Thaïlande), les auteurs relèvent à part que les échanges d’animaux entre propriétaires ont préservé la diversité de cette race. Les deux races thaïlandaises sont donc étudiées dans des travaux distincts, sur des échantillons distincts — et leurs données ne doivent pas être mélangées.
Parmi les races visuellement proches du bangkaew, celle que l’on cite le plus souvent est le Spitz Japonais, en raison de la fourrure blanche et duveteuse et du type spitz, même si le bangkaew est plus grand et d’une tout autre constitution. Pour son degré de vigilance envers les étrangers, on compare parfois le bangkaew à l’Akita Américain, qui relève de la même section 5 mais est nettement plus grand.
Le saviez-vous ? Faits sur le bangkaew thaïlandais
- Le seul spitz thaïlandais de sa section. Dans la section 5 du groupe 5 de la FCI (spitz asiatiques et races apparentées), le bangkaew est la seule race de Thaïlande ; ses voisins de section sont le chow-chow, l’eurasier, les races japonaises et le jindo coréen.
- Une seule date pour toute l’histoire. Le standard de la FCI donne 1957 comme début de la sélection dirigée de la race.
- Héritage d’une province. Le document de la FCI qualifie le bangkaew d’héritage de la province de Phitsanulok, et non du pays dans son ensemble.
- La queue n’est pas un anneau. La queue enroulée ou nouée est un défaut entraînant l’exclusion, malgré l’allure spitz de la race.
- Sa propre norme de vision. Une étude thaïlandaise de 2015 a montré que le temps de culmination allongé de l’ERG chez le bangkaew est la norme de la race et non un signe de dégénérescence rétinienne.
- Un panel ADN. Un panel optimisé de 10 locus microsatellites a été mis au point pour l’identification individuelle des sujets de la race.
- Rare hors de son pays. Au-delà de la Thaïlande, on rencontre le bangkaew bien plus rarement que même l’Akita Inu.
