Histoire de la race : du chien de meute royal au « chien de boucher »
Le standard de la FCI fait remonter le type au Moyen Âge, où ces chiens servaient à courir le cerf avant d'être employés surtout comme gardiens des grands domaines et des manoirs. Le club danois de la race (Broholmerselskabet) précise le tableau. Le grand chien de chasse danois était l'auxiliaire de la chasse à courre : la meute devait arrêter et maintenir le gibier jusqu'à l'arrivée du seigneur. Lorsque la chasse à courre fut interdite par la loi au Danemark en 1770, le chien du roi devint inutile — et vécut le siècle suivant comme « chien de manoir », gardien des châteaux et des propriétés.
En ville, le même chien portait le surnom de Slagterhunden, « chien de boucher », parce qu'on le voyait couramment devant les boucheries. Il figurait même dans la loi danoise sur les chiens, parmi les races qu'il fallait tenir enfermées « du coucher au lever du soleil ».
L'épisode décisif se joue dans la seconde moitié du XIXe siècle, et il a un arrière-plan politique. Otto von Bismarck décréta que le « grand chien danois » devait s'appeler désormais Deutsche Dogge et devenir le chien d'empire allemand — autrement dit changer de pays d'origine. En réaction, le chambellan et maître du majorat de Broholm, dans le sud de l'île de Fionie — Niels Frederik Bernhard Sehested (1813–1882) — entreprit d'élever le vieux chien danois comme une race danoise à part entière. Il rassembla son matériel d'élevage dans les manoirs du pays et chez les particuliers qui possédaient des chiens « de bonne santé et de bon type », puis confia des chiots à des propriétaires qui s'engageaient à poursuivre le travail. La race prit le nom du domaine : Broholmshunden, puis Broholmer.
Le premier standard fut rédigé en 1886, notamment par le fils de Sehested, Hannibal Sehested. Au zoo de Copenhague, les Broholmers remplissaient trois rôles à la fois : animaux exposés, reproducteurs dont les chiots étaient vendus, et nourrices pour les petits des grands félins. Au Tivoli, la variété noire gardait le parc pendant la saison d'hiver, et dans la forêt de Gribskov on appelait ces chiens noirs « Kulsvierhunden », le chien des charbonniers.
Standard et apparence de la race

Vient alors le moment fondateur. Le mâle fauve C. Bastian, descendant de Manne, fut accouplé à la femelle fauve Muffe. La portée naquit le 22 octobre 1976 : quatre chiots — trois mâles et une femelle — furent jugés « de type Broholmer » et inscrits au registre X du DKK sous les numéros X-1 Bjørn, X-2 Dana, X-3 Sam et X-4 Thor. Ces quatre-là sont le socle de la race.
L'ampleur des premières années se lit dans l'arithmétique du club : pendant les sept premières années, quatre mâles et six femelles ont produit 42 chiots « de type Broholmer » en 10 portées, soit une moyenne de 4,2 chiots retenus par portée. Avec une base pareille, la question d'un apport de sang de molosses apparentés s'est posée très tôt — et ce sont les échecs qui sont les plus parlants. La proposition d'utiliser le Kangal (Karabash) d'Anatolie ne fut pas retenue par le comité. Le DKK acheta un gros chiot de Mastiff espagnol : après radiographie des hanches donnant un résultat « E », le chien fut écarté du programme. C'est la troisième piste qui a fonctionné : aux Pays-Bas fut trouvée une portée née d'un « accident » entre un Mastiff anglais et un Mastiff espagnol ; deux chiots arrivèrent au Danemark, la femelle Sif fut admise à la reproduction et accouplée à X-1 Bjørn. Sa fille Kraka entra dans l'élevage, et un mâle issu de Bjørn et Kraka — X-31 Grane — fut père de treize portées entre 1985 et 1989.
La variété noire fut la plus fragile. Elle a dû être sauvée séparément : en 1996, le DKK conseilla au club de se concentrer sur sa préservation, et une recherche nationale permit de trouver un mâle noir, Oscar (X-393) — troisième génération après X-7 Tor, mais, le club le dit sans détour, avec un peu de Dogue allemand. En 1997 naquirent grâce à lui les premiers chiots noirs depuis mai 1981.
Le 20 avril 1979, les propriétaires réunis à Holbæk fondèrent la Société pour la reconstruction de la race Broholmer, l'actuel Broholmerselskabet. Le 26 mai 1982, la FCI reconnut la race à titre définitif : le standard de 1886, mis à jour, reçut le numéro 315. Le club, lui, considère que la reconstruction s'est formellement achevée le 1er janvier 1998 : à partir de cette date, les chiens ont reçu des pedigrees DKK/FCI ordinaires, la numérotation X a laissé la place à la numérotation Y, et le Broholmerselskabet est devenu un club de race à part entière sous l'égide du DKK. À ce moment-là, 444 chiens avaient été enregistrés depuis X-1. C'est seulement alors que la vente à l'étranger fut autorisée — avec une règle : pas plus de 10 % d'une portée hors du Danemark.
Caractéristiques principales selon le standard FCI n° 315 (version en vigueur du 3 mai 2025 ; la langue officielle du standard est l'anglais) :
- Aspect général : grand chien de type dogue, inscriptible dans un rectangle, fortement charpenté, aux allures posées et puissantes. L'avant-main domine la silhouette. Le standard exige explicitement un dimorphisme sexuel marqué : le mâle doit être nettement mâle, la femelle nettement femelle.
- Proportion : la hauteur du garrot au coude et celle du coude au sol sont dans un rapport de 1:1. Le crâne et le museau sont de même longueur.
- Tête : assez grosse et large, d'aspect lourd. Crâne large et plutôt plat ; son axe supérieur est parallèle à celui du chanfrein et se situe un peu plus haut. Stop peu marqué.
- Museau et mâchoires : museau massif, qui paraît court à cause de la lourdeur de la tête ; mâchoires de longueur égale. Articulé en ciseaux ou en pince. Truffe pleine et noire.
- Yeux : ronds, pas trop grands, paupières bien jointives, couleur de l'ambre clair à l'ambre foncé ; l'expression doit traduire une grande assurance.
- Oreilles : de taille moyenne, attachées assez haut, tombantes et portées contre les joues.
- Corps : ligne du dessus droite, garrot fort et bien marqué, dos assez long, croupe de longueur moyenne légèrement inclinée, poitrine puissante et descendue avec un poitrail bien développé. Cou très puissant, avec un peu de fanon.
- Queue : attachée assez bas, large à sa naissance, portée tombante et sans franges ; en action elle se relève à l'horizontale, de préférence pas plus haut.
- Poil et peau : poil court et bien couché avec sous-poil. Peau bien pigmentée et épaisse, généralement ample, surtout au cou.
- Couleur : fauve avec ou sans masque noir ; rouge avec ou sans masque noir ; noir. Le masque ne doit se voir que sur le museau. Les marques blanches au poitrail, aux pieds et à l'extrémité de la queue sont facultatives.
Ce dernier point n'est pas un détail : c'est une modification récente. Dans la version précédente du standard, le fauve allait obligatoirement « avec masque noir », et c'est encore ainsi que le paragraphe des couleurs apparaît dans beaucoup de descriptions de la race. La raison du changement est une étude génétique menée par le club lui-même — nous y venons.
Paramètre · 6
| Paramètre | Valeur selon le standard FCI n° 315 |
|---|---|
| Hauteur au garrot, mâle | environ 75 cm |
| Hauteur au garrot, femelle | environ 70 cm |
| Poids, mâle | 50–70 kg |
| Poids, femelle | 40–60 kg |
| Groupe FCI | 2, section 2.1 — molossoïdes, type dogue ; sans épreuve de travail |
| Pays d'origine | Danemark |
La taille et le poids sont donnés séparément pour les mâles et pour les femelles : les fondre en une seule fourchette est une erreur, d'autant plus dans une race dont le standard réclame explicitement un dimorphisme sexuel marqué. Quant à la longévité, le standard de la FCI n'en dit rien — les standards de race ne comportent pas cette rubrique. Le seul repère fourni par le club : le propriétaire reçoit le questionnaire « vétéran » l'année des huit ans du chien.
Parmi les défauts entraînant l'exclusion, il faut retenir ceux qu'on rencontre réellement ici : truffe d'une autre couleur que noire, prognathisme supérieur ou inférieur, yeux vairons, oreilles dressées, queue enroulée sur le dos, couleur de robe incorrecte, poil long, chien agressif ou excessivement craintif. Parmi les défauts simples figurent notamment les oreilles en rose, la queue en crochet, le poil « charbonné », les marques blanches ailleurs qu'au poitrail, aux pieds et au bout de la queue, ainsi que l'amble. Le standard rappelle enfin que seuls des chiens fonctionnellement et cliniquement sains, de conformation typique, doivent être utilisés en reproduction.


