Le Broholmer est un molosse danois de type dogue qui a bel et bien disparu au XXe siècle avant d'être reconstruit presque à partir de rien : en 1976, quatre chiots issus d'une seule portée sont devenus la base de toute la race actuelle. Ce n'est ni une légende ni un argument de club — c'est une histoire documentée, avec les noms des chiens, les dates des expertises et jusqu'aux tentatives qui ont échoué. Aujourd'hui, le Broholmer est un géant calme et sûr de lui, doté du standard FCI n° 315 et de l'une des plus petites populations d'élevage parmi les races reconnues. Pour en découvrir d'autres, rendez-vous sur Tvaryny.
Comment la race a disparu : la consanguinité en cause
La première moitié du XXe siècle a défait l'œuvre de Sehested. Deux guerres mondiales et les crises économiques ont rendu difficile l'entretien d'un très grand chien, remplacé un peu partout par de plus petits. L'élevage devint plus fortuit que méthodique. Contre la maladie de Carré, il n'existait alors qu'une seule « solution » : l'euthanasie.
Mais le club de race, lorsqu'il raconte ces années, ne désigne comme cause principale ni les guerres ni les épidémies. Sa notice historique dit ceci : la consanguinité croissante a entraîné une perte de type, de santé et de mentalité ; des chiens de cette qualité se plaçaient mal ; la spirale s'est refermée. Et le club ajoute une phrase qu'il s'adresse à lui-même : un tel enchaînement doit rester inscrit dans l'histoire du Broholmer comme un avertissement. Les derniers chiens ont été inscrits aux livres des origines dans les années 1950 ; la race fut ensuite considérée comme éteinte pendant plusieurs décennies.
La reconstruction 1974–1998 : des noms, des dates et des échecs
Cette histoire mérite d'être connue en détail, car elle explique toutes les règles actuelles de la race. Le déclencheur fut une journaliste, Jytte Weiss : en mai 1974, la revue du Kennel Club danois « HUNDEN » publia son article « À la recherche du Broholmer ». Suivirent d'autres publications et une dépêche diffusée par l'agence Ritzau dans tout le pays, invitant les propriétaires éventuels à contacter le Comité du DKK pour les races nationales et oubliées.
Deux mâles furent trouvés les premiers. Bjørn de Helsinge, un mâle fauve que les juges reconnurent à l'unanimité comme un vrai Broholmer, se révéla stérile. Le second était Manne, mâle noir de sept ans venu d'Asserbo, qui avait laissé dans sa région une descendance abondante et non enregistrée. Au cours de l'année 1975, des propriétaires présentèrent leurs chiens aux juges du DKK Ole Staunskjær et Gerhard Refsgaard ; cinq à six sujets furent retenus et qualifiés de métis de bon type. Les 2 et 3 juin 1976, à l'exposition de Roskilde, six chiens passèrent devant les juges et cinq furent déclarés aptes à la reproduction.
Ce que le goulet d'étranglement des fondateurs signifie aujourd'hui
La singularité du Broholmer n'est pas son allure, c'est l'état de son patrimoine génétique — et le club en parle ouvertement. Avec la reconnaissance de la FCI en 1998, le livre des origines s'est refermé : les chiens sans pedigree FCI ne sont plus acceptés. Autrement dit, toute la variabilité génétique de la race est déjà fixée par ce qu'ont apporté les premiers reproducteurs ; on ne peut plus l'augmenter, seulement la réduire.
L'ordre de grandeur : environ 1 200 Broholmers enregistrés vivants dans le monde. Et les chiens nés à l'étranger n'aident en rien — ils descendent tous de chiens danois et appartiennent au même pool fermé. Les enregistrements annuels au DKK ont oscillé sur une décennie entre 89 chiots (2008) et 148 (2017). Planifier une saillie sans consanguinité, dès qu'on remonte cinq à sept générations, reste difficile.
De là des règles qu'on ne trouve pas dans les races ordinaires :
- La limite du « mâle populaire ». Aucun mâle ne doit être le père de plus du quart du nombre annuel moyen de chiots enregistrés ; pour le Broholmer, cela donnait 34 chiots en 2018 et 37 en 2019. Le club insiste pour y intégrer la descendance née à l'étranger.
- La consanguinité se calcule plus loin que ne l'exige le kennel club : non pas 6,25 % sur trois générations, mais 6,25 % sur quatre — avec le conseil de remonter encore davantage.
- Les saillies répétées sont proscrites par défaut. Refaire une combinaison suppose des raisons sérieuses ; la commission d'élevage déconseille systématiquement la répétition, ainsi que l'emploi d'un même mâle sur deux sœurs de portée.
- Les cryptorchides, prudemment réadmis. Un mâle cryptorchide est normalement exclu de la reproduction ; pour le Broholmer, le club et le DKK ont lancé un projet permettant à des mâles unilatéralement cryptorchides, jugés précieux pour la reconstruction, d'y participer. Les conditions sont strictes : description de conformation, spermogramme, absence de tout autre défaut éliminatoire, résultats de santé satisfaisants et test de comportement passé ; le projet est plafonné à cinq mâles, chacun limité à deux portées. C'est un compromis assumé : la race ne peut pas se permettre de perdre ces gènes en plus.
- La variété noire, un chantier à part. Elle accuse encore un retard de type, si bien qu'un chien noir obtient plus difficilement en exposition la note requise pour l'agrément d'élevage. Le club recommande d'accoupler les noirs dominants à des fauves et rouges typiques — pour améliorer le type, mais aussi pour ne pas enfermer la lignée noire dans la consanguinité.
La logique de ces règles est simple : dans une population fermée, chaque chien écarté de la reproduction ne retire pas seulement de la race le caractère indésirable, mais tout son assortiment unique de gènes — et on ne le récupère jamais. Le club louvoie donc entre la sévérité envers les maladies et la peur de rétrécir la base. Dernier exemple en date : les modifications applicables aux saillies postérieures au 1er mars 2026, qui permettent désormais d'obtenir l'agrément soit en exposition, soit par une description de conformation faite au sein du club, et qui suppriment la limite d'âge du test de comportement (auparavant à passer avant 36 mois). La raison est énoncée sans détour : l'obligation d'exposition privait la race de reproducteurs potentiels, surtout des mâles.
Le Kennel Club danois l'écrit encore aujourd'hui en une ligne : la reconstruction de la race n'est pas achevée.
Faits intéressants sur la race
- Le « fait » le plus célèbre à propos de la race est un mythe — et c'est le club lui-même qui l'avoue. Le roi Frédéric VII et la comtesse Danner ont bien eu en permanence deux chiens nommés Tyrk et Holger, attestés par des tableaux au château de Jægerspris. Mais ce n'étaient pas des Broholmers : c'étaient des « grands chiens danois ». Frédéric VII est mort 23 ans avant que le Broholmer ne soit reconnu comme race distincte. Le club explique franchement l'origine de l'erreur : lors des recherches de 1975, il manquait de belles images anciennes de la race, de préférence avec un roi — et le choix s'est porté sur Frédéric VII et Tyrk.
- Au zoo de Copenhague, les Broholmers n'étaient pas seulement montrés : leurs chiots étaient vendus, et les femelles servaient de nourrices aux petits des grands félins.
- Les Broholmers noirs gardaient l'hiver le parc d'attractions Tivoli, et dans la forêt de Gribskov on les appelait « les chiens des charbonniers ».
- Le DKK a marqué le début de la reconstruction en faisant frapper une médaille à l'effigie d'un Broholmer, distribuée aux exposants en 1976.
- Quand la race a enfin été autorisée à quitter le pays, la règle était : pas plus de 10 % d'une portée. Le premier Broholmer est parti en Norvège au printemps 1999.
- La numérotation des chiens porte encore la trace de la reconstruction : X pour les chiens du registre X jusqu'en 1998, Y pour les portées nées au Danemark, I pour les portées nées à l'étranger, K pour les chiens transférés du registre danois DRU.
- Le Broholmer est l'une des cinq races nationales danoises, suivie par un comité spécifique du kennel club consacré aux races nationales et oubliées.
- Il fut un temps où le propriétaire d'un Broholmer avait l'obligation de faire reproduire son chien : c'est ainsi qu'on refaisait le cheptel. Le club précise sur sa page consacrée aux idées reçues que cette obligation est abolie depuis longtemps, tout comme l'idée qu'il faudrait son aval pour acheter un chiot : la vente ne regarde que l'éleveur et l'acquéreur.
