Le galgo espagnol — le lévrier espagnol, Galgo Español — est une race qui impose le respect par son élégance, son histoire et son endurance. Silhouette de statue, regard sombre et doux : ce chien est passé du rang de compagnon des hidalgos castillans à celui d'auxiliaire de chasse au lièvre, avant de devenir, ces vingt dernières années, l'un des lévriers les plus adoptés d'Europe. Particularité française : on ne l'achète presque jamais, on l'adopte, le plus souvent auprès d'associations qui le sortent des refuges espagnols. Retrouvez d'autres fiches de race sur Tvaryny.
En bref : le galgo est un lévrier de plaine, endurant, silencieux et étonnamment casanier — calme à la maison, foudroyant dans un champ. Plus léger et plus sec que le greyhound anglais, il fait un excellent chien d'appartement, à condition d'accepter deux règles non négociables : la laisse en extérieur non clôturé et un couchage épais. C'est une race rustique et longévive (12 à 15 ans), dont les points de vigilance sont bien identifiés : sensibilité à l'anesthésie, ostéosarcome, frilosité, peau fine — et, pour les chiens venus d'Espagne, les maladies méditerranéennes.
Le galgo en France : une race que l'on adopte plus qu'on n'achète

Au Livre des origines français, le galgo reste une race confidentielle : les naissances inscrites au LOF se comptent chaque année sur les doigts d'une main ou presque (seize en 2005, pour donner un ordre de grandeur). Dans le même temps, plusieurs centaines de galgos venus d'Espagne sont adoptés chaque année en France, en Belgique et en Suisse. Autrement dit, si vous croisez un galgo dans un parc lyonnais ou sur une plage bretonne, il y a de très fortes chances qu'il soit né en Andalousie et qu'il soit arrivé par une association. Parmi celles qui travaillent en France et publient leurs chiens à l'adoption : Galgos France, Galgos Sans Famille, Une histoire de galgos. Toutes fonctionnent avec des refuges espagnols partenaires et présentent des chiens identifiés, vaccinés, stérilisés et testés.
Il y a une ironie française dans cette histoire : le métier d'origine du galgo est illégal ici. La loi du 3 mai 1844 a proscrit la chasse au lévrier, et l'article 8 de l'arrêté du 1er août 1986 interdit toujours l'emploi, pour la chasse, « des chiens lévriers pur-sang ou croisés ». Le galgo arrive donc dans un pays où personne ne lui demandera jamais de prendre un lièvre. Son défouloir légal s'appelle la poursuite à vue sur leurre (PVL), ou coursing : deux lévriers lancés derrière un leurre mécanique sur un parcours qui imite les crochets d'un lièvre.
Cette discipline est encadrée par la Commission nationale d'utilisation des lévriers (CNUL) de la Société centrale canine. Les épreuves officielles sont réservées aux chiens confirmés et titulaires du Brevet de poursuite à vue sur leurre (BPV), ce qui écarte de fait la majorité des galgos adoptés, arrivés sans pedigree. En revanche, beaucoup de clubs ouvrent leurs entraînements aux lévriers sans papiers : c'est la piste à explorer si votre chien a besoin de courir pour de vrai — renseignez-vous auprès du club de lévriers le plus proche de chez vous.
Côté formalités, un chien adopté en Espagne voyage avec une puce électronique, un passeport européen délivré par un vétérinaire et une vaccination antirabique valide (une primo-vaccination n'est reconnue qu'au bout de 21 jours). À l'arrivée, la démarche que l'on oublie le plus souvent est l'enregistrement au fichier national I-CAD : votre vétérinaire établit un certificat provisoire d'identification lors d'importation ou d'échange intracommunautaire, et le chien doit être enregistré dans le mois qui suit son arrivée en France. Passé ce délai, vous êtes en infraction — et un lévrier perdu non enregistré est un lévrier très difficile à retrouver.
La saison de chasse espagnole : ce qu'il faut savoir avant d'adopter

On ne peut pas parler honnêtement du galgo sans aborder ce sujet. En Espagne, la race vit dans deux mondes parallèles. Dans le premier, c'est un chien de famille et d'exposition. Dans le second, c'est un outil de travail dont la valeur se mesure au résultat en plaine.
La saison de chasse au lièvre s'achève à la fin de l'hiver, et la suivante ne rouvre qu'en août. C'est précisément à la charnière des saisons que se concentre le pic d'abandons : les chiens qui ont perdu leur forme, se sont blessés ou « n'ont rien montré » sont massivement remis en refuge, laissés sur place ou éliminés. Depuis des années, les organisations de protection animale documentent des milliers de cas par an, et le galgo — avec le podenco — figure en tête des statistiques espagnoles de chiens abandonnés.
Le volet juridique est tout aussi particulier. La loi 7/2023 sur la protection des droits et du bien-être des animaux (Ley 7/2023, adoptée le 28 mars 2023) a représenté une avancée majeure en Espagne, mais les chiens de chasse en ont été explicitement exclus et relèvent de règles distinctes. C'est précisément cette exception que les associations ont combattue pendant les débats parlementaires, et c'est elle qui laisse le sort des galgos de travail dans une zone grise.
La conclusion pratique, elle, est plutôt encourageante pour un futur adoptant : le galgo est l'une des rares races que l'on peut prendre adulte, avec un caractère déjà formé et un comportement connu vis-à-vis des chats et des enfants. Les familles d'accueil espagnoles et françaises testent les chiens et le disent honnêtement. Un galgo adulte sortant d'un accueil est souvent un choix plus sûr qu'un chiot : vous voyez un tempérament, pas une loterie.
Faits intéressants sur la race

- Le sommeil du juste : les galgos dorment dans des positions invraisemblables, souvent noués sur eux-mêmes ou sur le dos, les quatre pattes tendues vers le plafond. Les propriétaires anglophones ont même un mot pour cette posture — roaching, « faire le cafard ».
- Un sang très ancien : la race a très peu changé depuis des millénaires. En regardant un galgo, vous voyez à peu près le chien que voyaient les Romains.
- Donneurs de sang précieux : grâce à leur hématocrite élevé et à leur groupe sanguin fréquent, les lévriers sont des donneurs recherchés dans les cliniques vétérinaires.
- Des animaux grégaires : le galgo se sent mieux en compagnie d'autres chiens, surtout d'autres lévriers. Ils dorment volontiers en tas, les uns sur les autres.
- Un début en littérature : le galgo apparaît dans la toute première phrase de Don Quichotte, aux côtés de la lance et du vieux bouclier, parmi les biens du gentilhomme.
- Deux poils dans la même portée : le galgo à poil ras et le barbudo à poil dur ne sont ni deux races ni deux lignées — les deux types peuvent naître du même couple.
- Un métier interdit en France : depuis la loi de 1844, on ne chasse pas au lévrier dans l'Hexagone. Le galgo français court donc derrière un leurre en plastique, et il s'en accommode très bien.

