Histoire : trois versions, aucune démontrée
La précision s'impose ici, car c'est exactement le point où la plupart des portraits de race parlent avec plus d'assurance que leurs sources ne l'autorisent.
Le registre d'État coréen énumère trois versions de l'apparition de la race — et marque chacune du mot coréen « 설 », c'est-à-dire hypothèse, et non fait établi :
- un navire marchand de l'État chinois des Song du Sud a fait naufrage près de Jindo, et les chiens ont gagné l'île depuis ce bateau ;
- à l'époque de Goryeo, lors de la révolte des Sambyeolcho, des chiens de guerre de l'armée mongole sont restés sur l'île et sont devenus les fondateurs de la race ;
- au début de l'époque Joseon, des chiens ont été amenés de Mongolie pour garder le haras militaire du district.
Aussitôt après cette liste, le registre ajoute une réserve qui disparaît d'ordinaire dans les résumés : « aucune trace historique claire n'a été conservée, l'origine ne peut donc être établie avec certitude ». Puis il avance sa propre lecture : il s'agirait plutôt de descendants de chiens de l'âge de pierre, dont la lignée s'est maintenue grâce à la séparation de l'île d'avec le continent.
Le standard FCI répartit les accents autrement dans son résumé historique. Lui aussi commence par constater l'absence de trace écrite sur l'origine, mais il poursuit : parmi les différentes théories, la principale admise est que le Jindo est indigène à la Corée, bien conservé sur l'île en raison des difficultés de transport de l'époque. La version mongole, que bien des sites présentent comme « la théorie la plus répandue », n'est donc qu'une hypothèse sur trois dans un document primaire, et cède le pas à l'origine autochtone dans l'autre. Le standard consigne aussi les noms locaux de la race : Jindo-kae et Jindo-kyon, où « kae » et « kyon » sont les mots coréens pour chien.
Des temps anciens vient également le récit local le plus connu, que le registre rapporte lui-même — et rapporte explicitement comme un récit, par la formule « on raconte aussi une histoire ». Pendant la guerre d'Imjin, en 1592, tous les chiens de Jindo auraient aboyé ensemble, tournés dans une même direction ; le lendemain, de nombreux navires japonais surgirent précisément de ce côté. Le registre n'en fait pas un épisode documenté, et nous non plus.
D'une histoire plus récente traînent encore quelques fils que nous transmettons tels qu'ils circulent, sans les élever au rang de documents : la notoriété de la race aurait été servie par le soutien de la recherche cynologique de la part du groupe Samsung, et en 1988 des Jindos auraient défilé lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'été de Séoul. Hors de son pays, la race reste rare : l'American Kennel Club la maintient au Foundation Stock Service, registre des races n'ayant pas achevé leur reconnaissance ; dans les données du club, l'année de reconnaissance est à zéro et aucun groupe n'est attribué.



