American Pit Bull Terrier

By tvaryny
·
14 Min Read
En bref Une race à deux biographies documentaires : pour les registres UKC et ADBA, un terrier de travail doté de son propre standard ; pour la loi de nombreux pays, un « type » défini d'après l'apparence. Le standard UKC juge l'agressivité envers l'homme non caractéristique et la disqualifie, tandis qu'il décrit un certain niveau d'agressivité envers les chiens comme un trait de la majorité des sujets — d'où l'exigence d'une socialisation soignée et d'une clôture solide. Avant d'acquérir un chien, relisez la réglementation en vigueur de votre pays et de votre commune.
AppartementEnfantsChats ⚠Autres chiensDébutants ⚠
Paramètres
Taillemâle 46–53 cm, femelle 43–51 cm
Poidsmâle 16–27 kg, femelle 14–23 kg
Espérance de vie12–14 ans
Groupe FCInon reconnue par la FCI
OrigineÉtats-Unis
Taille
Hauteur au garrot mâle 46–53 cm, femelle 43–51 cmPoids mâle 16–27 kg, femelle 14–23 kg
Évaluations · 12 · Dataset
FamilleEnfantsDébutantsDressageÉnergieSantéMueBaveAboiementAppartem.ClimatInstinct.
Notes exactes
Famille5.0
Enfants4.5
Débutants2.5
Dressage4.0
Énergie4.5
Santé3.5
Mue2.0
Bave2.0
Aboiement2.5
Appartement3.0
Climat2.5
Instinct chasse4.0
Problèmes de santé
  • Dysplasie de la hanche et du coude (données de population portant sur l'AmStaff)
  • Démodécie et dermatoses allergiques associées
  • Céroïde-lipofuscinose tardive (ARSG) : documentée chez l'AmStaff, test ADN disponible
  • Rupture du ligament croisé crânial
  • Surdité — inscrite aux disqualifications du standard UKC
Alimentation

Protéine animale de qualité et contrôle strict du poids : les kilos superflus frappent les articulations en premier. Une prédisposition aux dermatoses allergiques étant documentée, tout changement d'aliment se fait progressivement et composant par composant. Sans sous-poil, la part de matières grasses est à relever en hiver.

L’American Pit Bull Terrier est une race dont on débat non seulement dans les clubs canins, mais aussi dans les parlements. Ici elle est inscrite à un livre des origines et présentée en exposition ; là son introduction sur le territoire est interdite, et le chien est classé d’après son apparence et non son pedigree. Cette page ne défend pas la race et ne l’accuse pas : elle rassemble ce qu’écrivent les standards des registres, les textes légaux en vigueur de six pays et la littérature à comité de lecture — y compris là où ces sources ne concordent pas. La conclusion appartient au lecteur. Apprenez-en plus sur Tvaryny.

Race, type et registres : qui tient les livres

Première chose à comprendre : le mot « pitbull » ne désigne pas la même chose selon qui l’emploie. Pour un registre canin, c’est une race précise, avec un standard écrit et un livre des origines. Pour le législateur, dans la plupart des pays, c’est un type — un chien qui ressemble à quelque chose, indépendamment de son ascendance. La moitié des controverses ne porte donc pas sur les chiens, mais sur les définitions.

Deux registres américains tiennent la race en tant que race :

  • United Kennel Club (UKC) — selon le texte même de son standard, ce fut le premier registre à reconnaître l’American Pit Bull Terrier. Le fondateur de l’UKC, C. Z. Bennett, attribua le numéro d’enregistrement 1 à son propre APBT, Bennett’s Ring, en 1898. La race est classée dans le groupe des terriers ; la version en vigueur du standard date du 1er mai 2017.
  • American Dog Breeders Association (ADBA) — selon l’historique publié par l’association, elle a été créée en septembre 1909 comme association multi-races ; son président était Guy McCord et son cofondateur Con Feeley, tous deux proches de John P. Colby. Le standard de conformation propre à l’ADBA (Heritage) est élaboré à partir de 1976, à la demande de propriétaires qui ne voulaient copier ni l’UKC ni l’AKC. Depuis 2006, le registre est ouvert à d’autres races pures.

Passons maintenant aux deux registres qui ne tiennent pas l’American Pit Bull Terrier — c’est là que naît la confusion la plus fréquente.

L’American Kennel Club (AKC) reconnaît une race apparentée, l’American Staffordshire Terrier, dont le standard officiel a été approuvé le 10 juin 1936 et fait toujours foi. Deux systèmes d’enregistrement distincts, donc : un chien peut avoir des papiers UKC d’APBT tandis que son proche parent a des papiers AKC d’AmStaff — formellement deux races différentes, malgré une origine commune.

La FCI, dont la nomenclature sert de référence à la plupart des organisations cynologiques européennes, liste dans son groupe 3 « Terriers », section « Terriers de type bull », quatre races : Bull Terrier (n° 11), Staffordshire Bull Terrier (n° 76), American Staffordshire Terrier (n° 286) et Bull Terrier miniature (n° 359). L’American Pit Bull Terrier n’y figure pas. Le standard FCI de l’AmStaff est daté du 3 septembre 1996, pays d’origine : États-Unis.

Conséquence pratique, directe et désagréable pour un propriétaire européen : dans les pays FCI, votre chien ne peut pas disposer d’un pedigree international en tant qu’American Pit Bull Terrier. Or l’absence de papiers joue devant la loi contre le chien, et non en sa faveur — c’est le mécanisme même de la première catégorie française.

Histoire : du bull-and-terrier au chien de rattrapage

La partie historique du standard UKC se lit comme une source primaire, non comme un récit de seconde main. Au cours du XIXe siècle, des amateurs de chiens en Angleterre, en Irlande et en Écosse croisent bouledogues et terriers, cherchant un chien qui associerait le gameness du terrier à la force et à l’athlétisme du bouledogue. Ces bull-and-terriers arrivent aux États-Unis avec les immigrants.

Le standard nomme ensuite le travail pour lequel la race fut réellement entretenue en Amérique, et ce n’est pas le combat : fermiers et éleveurs employaient leurs APBT comme chiens de rattrapage (catch dogs) sur des bovins et des porcs semi-sauvages, à la chasse, pour conduire le bétail, et comme compagnons de famille. Un catch dog immobilise un grand animal jusqu’à l’arrivée de l’homme ; de là l’exigence du standard que le chien conserve la capacité de « tenir, lutter (pousser et tirer) et respirer facilement en le faisant ».

L’arrière-plan européen a aussi son point de bascule : lorsque les combats contre de grands animaux furent interdits par la loi en 1835, les combats de chiens, plus faciles à dissimuler à la police, gagnèrent en popularité — et c’est pour la fosse (en anglais pit) que l’on sélectionna un chien plus petit et plus agile. La race sort de ce milieu, et aucun registre sérieux ne le nie : l’ADBA écrit noir sur blanc qu’elle « ne cautionne aucune activité illégale, mais ne niera jamais l’histoire de notre race ».

Aujourd’hui, l’UKC énumère les disciplines dans lesquelles la race concourt : obéissance, pistage, agility, lure coursing, dock jumping, weight pulling et conformation.

Morphologie : ce que dit réellement le standard
American Pit Bull Terrier

Le standard UKC décrit un chien de taille moyenne, solidement bâti, à poil court, à musculature nette. Le corps est à peine plus long que haut ; le membre antérieur, mesuré du coude au sol, équivaut à la moitié de la hauteur au garrot. La tête est de longueur moyenne, crâne large et plat, museau large et profond, plus court que le crâne dans un rapport d’environ 2:3. Articulé en ciseaux. Oreilles attachées haut, petites à moyennes, naturelles ou coupées — sans préférence. Queue relativement courte, attachée bas, s’effilant vers la pointe.

Le plus important n’est pas la description, mais ce contre quoi elle a été écrite. Le standard avertit : « La qualité ne doit jamais être sacrifiée à la taille », et l’UKC « n’est pas disposé à cautionner l’emploi de sujets exagérés de cette race dans un programme d’élevage ». Parmi les défauts éliminatoires : un museau si court qu’il gêne la respiration normale ; une poitrine si large qu’elle gêne les mouvements ; un corps excessivement massif qui entrave l’aptitude au travail. Le pitbull « lourd » à tête hypertrophiée que la mode a popularisé n’est donc pas un sommet de la race : c’est ce que le standard appelle un défaut.

Taille et poids — séparément pour les mâles et les femelles. Le standard souligne que l’équilibre général et le rapport correct du poids à la taille importent davantage que les chiffres eux-mêmes, et il présente les tailles « uniquement à titre de repère général et approximatif » :

ParamètreStandard UKC — American Pit Bull TerrierStandard AKC — American Staffordshire Terrier
Taille, mâle18 à 21 pouces au garrot (≈46–53 cm), à titre de repère approximatifenviron 18 à 19 pouces (≈46–48 cm)
Taille, femelle17 à 20 pouces au garrot (≈43–51 cm), à titre de repère approximatifenviron 17 à 18 pouces (≈43–46 cm)
Poidssouhaitable pour un mâle adulte : 35 à 60 livres (≈16–27 kg) ; pour une femelle : 30 à 50 livres (≈14–23 kg)aucun chiffre : « la taille et le poids doivent être proportionnés »
Oreillesnaturelles ou coupées, sans préférencecoupées ou non coupées, préférence aux non coupées
Queuenaturelle ; queue écourtée = défaut éliminatoire« non écourtée »
Robestoutes les couleurs et tous les patrons, sauf merletoutes admises, mais le blanc uni, plus de 80 % de blanc, le noir et feu et le foie « ne sont pas à encourager »
Disqualificationscryptorchidie, agressivité (viciousness) ou timidité extrême, albinisme, merle, surdité uni- ou bilatérale, poil long, nanisme, queue en tire-bouchonpas de liste de disqualifications distincte ; une liste de défauts

Deux lignes de ce tableau méritent une lecture attentive. D’abord, le merle est disqualifiant, au même titre que l’albinisme : un « pitbull merle rare » n’est pas une rareté, c’est un chien que le standard ne reconnaît pas. Ensuite, la liste comporte la surdité, uni- ou bilatérale : un registre n’inscrit pas en disqualification ce qui n’existe pas dans la race. Les yeux bleus sont classés parmi les défauts graves.

Chez les amateurs, on parle volontiers d’un type « bouledogue » et d’un type « terrier ». Le standard ne fait pas cette distinction et sanctionne les excès des deux côtés. Sur la coupe, l’UKC précise qu’elle est interdite dans plusieurs pays et qu’aucun chien ne doit être pénalisé en manifestation UKC pour une queue entière ou des oreilles naturelles.

Tempérament, « gameness » et ce que mesurent les tests
American Pit Bull Terrier — tempérament et gameness

La rubrique « Characteristics » du standard UKC est le chemin le plus court vers ce que le registre attend de la race. Reprenons-la presque mot pour mot, car toute paraphrase déplace les accents :

  • les caractéristiques essentielles sont la force, la confiance et l’appétit de vivre ; la race cherche à plaire et déborde d’enthousiasme ;
  • les APBT « font d’excellents compagnons de famille et ont toujours été remarqués pour leur amour des enfants » ;
  • « parce que la plupart des APBT manifestent un certain niveau d’agressivité envers les chiens, et en raison de leur physique puissant, la race exige un propriétaire qui socialisera et éduquera soigneusement son chien » ;
  • « son agilité naturelle en fait l’un des chiens grimpeurs les plus capables : une bonne clôture est donc indispensable » ;
  • « l’APBT n’est pas le meilleur choix comme chien de garde, car il est extrêmement amical, même avec les inconnus » ;
  • « un comportement agressif envers l’homme n’est pas caractéristique de la race et est hautement indésirable » ; l’agressivité ou la timidité extrême sont disqualifiantes.

Le registre distingue donc lui-même deux choses que la conversation ordinaire confond en permanence : l’agressivité envers l’homme, que le standard juge non caractéristique et qu’il disqualifie, et l’agressivité envers les autres chiens, que le même standard décrit comme un trait présent chez la majorité des sujets. Ce n’est ni une atténuation ni une accusation : c’est le texte du document au nom duquel la race est jugée sur le ring.

Le mot gameness vient lui aussi des standards et non du folklore : l’UKC l’emploie pour décrire l’objectif des croisements initiaux, l’ADBA pour décrire ce qu’elle tient pour l’essence de la race (« ne jamais abandonner, toujours donner 110 % »). La portée pratique de ce trait est neutre : un chien qui ne lâche pas ce qu’il a commencé travaille bien en sport — et, de la même manière, ne lâche pas ce qu’il a commencé dans un conflit avec un autre chien.

Le test de tempérament ATTS. Le chiffre le plus souvent cité au sujet du caractère des pitbulls est le taux de réussite au test de l’American Temperament Test Society. Selon les statistiques ATTS arrêtées en janvier 2023 : American Pit Bull Terrier — 960 chiens testés, 841 réussites, soit 87,6 % ; Golden Retriever — 836 testés, 718 réussites, soit 85,9 %. Avant d’en tirer une conclusion, il faut lire ce que l’ATTS mesure réellement :

  • il dure de huit à douze minutes et simule une promenade dans un parc ; le chien est en laisse détendue et le conducteur n’a pas le droit de lui parler, de lui donner des ordres ni de le corriger ;
  • dix sous-tests : inconnu neutre, inconnu amical, bruit caché, coups de pistolet d’alarme, parapluie ouvert brusquement, sols inhabituels, passant vêtu de façon étrange, puis des scènes à menace croissante ;
  • l’échec est constaté en cas d’agression non provoquée, de panique sans récupération ou d’évitement marqué ; chiens admis à partir de 18 mois ;
  • aucun sous-test ne met le chien face à un autre chien : le trait que le standard UKC qualifie de racial n’est donc pas évalué du tout.

Ajoutez que les chiens sont présentés volontairement par leurs propriétaires : ce n’est pas un échantillon aléatoire de la race. Le chiffre de 87,6 % est honnête dans les limites où il a été obtenu — les réactions aux personnes et aux stimuli dans un cadre donné, pas la probabilité d’un conflit dans un parc canin.

Une autre mesure, à comité de lecture, vient d’Allemagne. Ott et coll. (2009) ont testé des Bull Terriers d’une même lignée selon le protocole de l’ordonnance de Basse-Saxe sur les animaux dangereux : sur 38 chiens, 37 (97,37 %) ont réagi de façon appropriée dans toutes les situations. Les auteurs n’ont trouvé aucune différence significative entre ces chiens, 415 chiens de races visées par la législation et 70 Golden Retrievers.

Identification : pourquoi le « pitbull » du procès-verbal et celui de l’ADN sont deux choses différentes

C’est la partie la moins connue du dossier, et la plus déterminante. Presque toutes les lois sur les pitbulls et presque toutes les statistiques de morsures reposent sur une même opération : quelqu’un a regardé un chien et a nommé une race. Des études à comité de lecture en ont mesuré la fiabilité ; le résultat est constant.

  • Olson et coll., The Veterinary Journal, 2015. Quatre refuges, 16 membres du personnel, 120 chiens. Visuellement, le personnel a classé 62 chiens (52 %) comme de type pitbull ; le test ADN, seulement 25 (21 %). Concordance entre observateurs : 76 à 83 % (kappa 0,44 à 0,52, soit modérée) ; la sensibilité de l’identification visuelle allait de 33 % à 75 %, la spécificité de 52 % à 100 %. Conclusion littérale des auteurs : l’identification visuelle des chiens de type pitbull n’est pas fiable.
  • Voith et coll., Journal of Applied Animal Welfare Science, 2009. Vingt chiens provenant de 17 structures. Pour 87,5 % des chiens auxquels une structure avait attribué des races précises, l’analyse ADN n’a pas retrouvé toutes les races annoncées.
  • Hoffman et coll., même revue, 2014. Photographies de 20 chiens soumises à des employés de refuges américains et britanniques : les Britanniques appelaient fréquemment Staffordshire Bull Terriers les chiens que les Américains tenaient pour des pitbulls. Autre résultat : 41 % des répondants soumis à un régime d’interdiction raciale ont déclaré qu’ils étiquetteraient sciemment un chien de race interdite sous un autre nom.
  • Gunter et coll., PLOS ONE, 2018. 919 chiens de deux grands refuges, testés génétiquement : 4,9 % de race pure. Le personnel retrouvait au moins une race réelle dans 67,7 % des cas, mais dès qu’il fallait en nommer plus d’une, la concordance tombait à 10,4 %.

Superposez maintenant ces résultats aux textes de loi. La notice officielle britannique formule le critère sans détour : savoir si votre chien relève d’un type interdit « dépend de son apparence, et non de sa race ou de son nom ». Le Real Decreto espagnol 287/2002 décrit en annexe II le chien potentiellement dangereux de façon purement morphologique — musculature forte, poil court, périmètre thoracique de 60 à 80 cm, hauteur au garrot de 50 à 70 cm, poids supérieur à 20 kg, tête volumineuse et cuboïde — et l’applique au chien présentant « toutes ou la plupart » de ces caractéristiques. La loi fédérale allemande étend l’interdiction d’introduction aux quatre races nommées « et à leurs croisements entre elles ou avec d’autres chiens ». Le droit français classe en première catégorie des chiens assimilables par leurs caractères morphologiques à des races, sans inscription à un livre généalogique.

La notion juridique coïncide donc avec ce jugement visuel dont les études citées ont mesuré le manque de fiabilité. Pour le propriétaire : le risque ne dépend pas seulement de l’ascendance réelle du chien, mais de la manière dont un tiers l’évaluera — un agent, un bailleur, un assureur. Et le mécanisme joue dans les deux sens : un croisé sans une goutte de pitbull peut hériter de toutes les contraintes, tandis qu’un chien à ascendance pitbull peut n’en subir aucune.

La loi : où et comment la race est encadrée

C’est pour cette partie que la plupart des lecteurs ouvrent une page sur cette race. Ci-dessous, ce qui est écrit dans les textes eux-mêmes. Les règles changent : avant un déménagement ou un voyage, relisez la version en vigueur — comme le montre le tableau, des pays voisins divergent radicalement.

PaysCe que prévoit le texte en vigueur
FranceChiens de type American Staffordshire terrier non inscrits à un livre généalogique : 1re catégorie (chiens d’attaque). Achat, vente et don interdits ; stérilisation obligatoire ; muselière et laisse ; permis de détention délivré par le maire.
Royaume-UniDangerous Dogs Act 1991, art. 1 : le type « pit bull terrier » est un type interdit. La détention n’est possible que sous certificat d’exemption (Index of Exempted Dogs).
AllemagneLoi fédérale sur la restriction d’introduction : Pitbull-Terrier, American Staffordshire-Terrier, Staffordshire-Bullterrier, Bullterrier et leurs croisements ne peuvent être importés ni introduits sur le territoire.
EspagneReal Decreto 287/2002, annexe I : le Pit Bull Terrier figure dans la liste des chiens potentiellement dangereux ; licence municipale exigée.
PologneArrêté du ministère de l’Intérieur du 28.04.2003 : « amerykański pit bull terrier » est le premier de la liste des races réputées agressives ; détention soumise à autorisation.
UkrainePas d’interdiction par race ; muselière obligatoire pour les races inscrites à la liste des races dangereuses arrêtée par le Conseil des ministres, laisse pour les chiens pouvant présenter un danger.

France

Le modèle français repose sur deux catégories, et ce n’est pas le nom de la race qui tranche, mais l’inscription à un livre généalogique reconnu. Relèvent de la 1re catégorie (« chiens d’attaque ») les chiens de type American Staffordshire terrier, de type Mastiff (boerbull) et de type Tosa non inscrits à un livre des origines, rattachés d’après leurs caractères morphologiques : achat, vente et don interdits ; stérilisation obligatoire ; accès interdit aux transports en commun, aux lieux publics et aux parties communes ; sur la voie publique, muselière et laisse. Relèvent de la 2e catégorie (« chiens de garde et de défense ») l’American Staffordshire terrier, le Rottweiler et le Tosa inscrits à un livre des origines : muselière et laisse dans les lieux publics, sans stérilisation imposée.

Pour les deux catégories il faut un permis de détention délivré par le maire, et préalablement : identification électronique, vaccination antirabique valide, formation d’aptitude du propriétaire sur une journée, évaluation comportementale du chien entre 8 et 12 mois, assurance de responsabilité civile. Notez le paradoxe qui découle du texte : un chien identique par l’apparence bascule dans la catégorie la plus sévère parce qu’il n’a pas de papiers. Et comme la FCI ne reconnaît pas l’American Pit Bull Terrier, obtenir en France un pedigree reconnu sous ce nom de race est impossible. C’est le point que les futurs propriétaires comprennent le plus souvent trop tard.

Royaume-Uni

Le régime le plus strict des six. L’article 1 du Dangerous Dogs Act 1991 vise le pit bull terrier et le tosa japonais, ainsi que les types désignés par le ministre : le dogo argentino et le fila brasileiro l’ont été en 1991, et le type XL Bully par le Dangerous Dogs (Designated Types) Order 2023 (SI 2023/1164, pris le 31 octobre 2023, entré en vigueur le 31 décembre 2023 pour l’Angleterre et le pays de Galles) ; en Écosse, la désignation correspondante a pris effet le 23 février 2024.

Détenir un chien d’un type interdit n’est possible que sous certificat d’exemption (Index of Exempted Dogs) : chien stérilisé, pucé, assuré, gardé dans un lieu dont il ne peut s’échapper, et « tenu en laisse et muselé en permanence lorsqu’il se trouve dans un lieu public » ; le détenteur doit avoir plus de 16 ans et signaler tout changement d’adresse ou de situation du chien. La notice officielle annonce en outre une exigence nouvelle au 1er novembre 2026 : elle restreint la présence sans surveillance d’un chien de type interdit auprès d’enfants de moins de 12 ans dans les espaces privés.

Allemagne

Le niveau fédéral régit le franchissement de la frontière. La loi sur la restriction de l’introduction et de l’importation de chiens dangereux (HundVerbrEinfG) définit à son § 1 le « chien dangereux » comme un chien des races Pitbull-Terrier, American Staffordshire-Terrier, Staffordshire-Bullterrier, Bullterrier et leurs croisements, ainsi que les chiens désignés par le droit d’un Land. Le § 2 alinéa 1 dispose que ces chiens, « ainsi que leurs croisements entre eux ou avec d’autres chiens, ne peuvent être importés ni introduits sur le territoire national », et ajoute que les chiens d’autres races présumés dangereux par les dispositions du Land où l’animal doit être détenu ne peuvent être introduits dans ce Land. En Allemagne, la réponse à la question « est-ce possible ? » dépend donc du Land : les listes régionales diffèrent.

L’Allemagne fournit aussi le matériau juridictionnel le plus intéressant du dossier. Par sa décision du 16 mars 2004 (1 BvR 1778/01), la Cour constitutionnelle fédérale a maintenu l’interdiction d’introduction, mais déclaré nulles l’interdiction fédérale d’élevage et la norme pénale du § 143 al. 1 du code pénal, faute de compétence législative fédérale. Dans ses motifs, la Cour a posé une thèse qu’il faut citer exactement : en l’état actuel des connaissances scientifiques, l’appartenance d’un chien déterminé à une race déterminée ne permet pas, à elle seule, de conclure à sa dangerosité. Et elle a admis dans le même mouvement que le législateur était fondé à agir sur des données empiriques montrant une participation disproportionnée de certaines races aux incidents de morsure — à titre de précaution en situation d’incertitude. Les deux moitiés de cette décision sont également authentiques, et c’est en elles que réside toute la controverse.

Espagne

Le Real Decreto 287/2002 met en œuvre la loi 50/1999 sur le régime de détention des animaux potentiellement dangereux. L’annexe I énumère huit races : Pit Bull Terrier, Staffordshire Bull Terrier, American Staffordshire Terrier, Rottweiler, Dogo Argentino, Fila Brasileiro, Tosa Inu, Akita Inu ; l’annexe II, on l’a vu, décrit le chien morphologiquement. La détention suppose une licence municipale, qui exige des certificats d’aptitude physique et psychologique et une assurance de responsabilité civile.

Un point mérite d’être suivi : la loi 7/2023 sur la protection des droits et du bien-être des animaux introduit une catégorie de chiens dits « de manejo especial », déterminée par des tests évaluant l’aptitude du chien à évoluer en milieu social et non par la race, et impose des conditions de sécurité pour les lieux où un tel chien vit. C’est un déplacement du critère racial vers l’évaluation individuelle ; la liste de races du Real Decreto 287/2002 demeure quant à elle dans le texte consolidé.

Pologne et Ukraine

En Pologne, l’arrêté du ministre de l’Intérieur et de l’Administration du 28 avril 2003 relatif à la liste des races de chiens réputées agressives (Dz.U. 2003 n° 77 pos. 687) est en vigueur depuis le 23 mai 2003. La liste compte onze entrées, et « amerykański pit bull terrier » y figure en première position, devant le dogue argentin, le perro de presa canario, le tosa inu, le rottweiler et le berger du Caucase, entre autres. L’arrêté est pris sur le fondement de l’article 10 de la loi sur la protection des animaux, qui subordonne la détention d’un chien de ces races à une autorisation de la commune.

En Ukraine, la loi n° 3447-IV sur la protection des animaux contre les mauvais traitements, à son article 9 modifié par la loi n° 1684-IX du 15 juillet 2021 (applicable depuis le 8 novembre 2021), impose une laisse pour les chiens « susceptibles de présenter un danger pour la vie ou la santé d’une personne », une muselière pour les races inscrites à la liste des races dangereuses arrêtée par le Conseil des ministres, et un collier d’identification ; les règles de détention relèvent des collectivités locales. Le modèle ukrainien n’interdit donc pas la race : il ajoute des obligations aux races listées.

Ce que montrent les études sur les morsures et les interdictions

C’est ici qu’il est le plus facile de basculer dans l’un des deux camps militants ; d’où une précision de méthode. Ne figurent ci-dessous que des sources à comité de lecture, chacune assortie des réserves de ses propres auteurs. Cette page ne donne délibérément aucun chiffre national du type « part des morsures imputables aux pitbulls » : dans les sources que nous serions prêts à signer, il manque soit une identification fiable de la race, soit le dénominateur — le nombre de chiens de ce type vivant là où les morsures ont été comptées.

La plus grande étude sur les cas mortels

Patronek et coll. (JAVMA, 2013) ont analysé 256 décès liés à des morsures de chiens aux États-Unis entre 2000 et 2009 — non à partir de la presse, mais des rapports d’enquêteurs criminels, des services de contrôle animalier et d’entretiens. Facteurs concomitants : absence d’une personne valide capable d’intervenir, 87,1 % des cas ; absence de relation familière entre la victime et le chien, 85,2 % ; chien non stérilisé, 84,4 % ; capacité réduite de la victime à interagir correctement avec un chien, 77,4 % ; chien tenu à l’écart de tout contact humain positif régulier, 76,2 % ; mauvaise gestion antérieure du chien, 37,5 % ; antécédents de maltraitance ou de négligence du propriétaire, 21,1 %. Quatre de ces facteurs ou davantage coïncidaient dans 80,5 % des décès.

Sur la race, la même étude est sans ambiguïté : pour 401 chiens décrits dans les médias, la race rapportée différait selon les sources dans 30,9 % des cas ; pour 346 chiens faisant l’objet à la fois d’un compte rendu médiatique et d’un rapport de contrôle animalier, les races ne concordaient pas dans 40,2 %. Une détermination valide de la race n’a été possible que pour 45 cas sur 256, soit 17,6 %. Conclusion des auteurs : la plupart des décès se caractérisaient par la coïncidence de plusieurs facteurs évitables, et la race n’en faisait pas partie.

Les séries cliniques qui pointent dans l’autre sens

Il serait malhonnête de s’arrêter là. Les études de traumatologie donnent une autre image, et elles sont, elles aussi, à comité de lecture.

  • Brice et coll., Journal of Orthopaedic Trauma, 2018. Un centre de traumatologie de niveau I, 95 patients avec lésions orthopédiques dues à des morsures, 2010–2016. La moitié des cas est imputée au pit bull terrier, 22 % à un chien de police ; une lésion grave (amputation ou fracture) est relevée dans 51 % de l’ensemble, et dans 66 % des cas imputés au pit bull terrier. Limites : un seul établissement, race issue du dossier médical, pas de dénominateur.
  • Lee et coll., Western Journal of Emergency Medicine, 2021. 1 252 lésions chez 967 patients pédiatriques entre 2013 et 2018 ; 17,1 % ont nécessité un chirurgien spécialiste. Parmi les cas où la race était connue, le pitbull était le plus souvent associé aux morsures graves : risque relatif de 8,53 par rapport au berger allemand. Les auteurs ont cherché un dénominateur du côté des licences canines — et ont mis au jour un autre facteur : le risque relatif d’être mordu était de 2,24 dans les quartiers à faibles revenus contre 0,46 dans les quartiers aisés.
  • Morzycki et coll., CJEM, 2019. 475 morsures chez l’adulte, Canada. Le type pitbull est le plus fréquemment mis en cause (27 %). Conclusion prudente des auteurs : « l’efficacité de la législation propre aux races reste incertaine ».

La revue de littérature de l’American Veterinary Medical Association (mai 2014) décrit cet écart sans le masquer. Sur l’ensemble des morsures, les listes font surtout apparaître le berger allemand et les chiens croisés ; sur la fraction bien plus petite des cas les plus graves et mortels, les chiens de type pitbull sont plus souvent identifiés. Mais, note la revue, cela peut refléter la popularité du type dans la communauté où vit la victime, des biais de signalement et la manière dont le propriétaire traite son chien. Deux contre-exemples parlants y figurent : dans la région de Denver, où les chiens de type pitbull n’étaient pas autorisés, les races impliquées de façon disproportionnée dans les morsures nécessitant des soins étaient le berger allemand et le chow-chow ; et dans certaines régions du Canada, les attaques mortelles sont attribuées principalement aux chiens de traîneau. Conclusion de la revue : dans les études contrôlées, qui tiennent compte de la prévalence des races, ce groupe n’apparaît pas comme disproportionnellement dangereux, et la détermination visuelle de la race « n’est notoirement pas toujours fiable ».

Les interdictions par race fonctionnent-elles ?

Question distincte de « la race est-elle dangereuse ? », et qui a fait l’objet de mesures directes.

  • Danemark, Odense (Nilson et coll., PLOS ONE, 2018). Séries temporelles interrompues sur données hospitalières : l’interdiction de certaines races a un effet « très limité » sur le niveau global des lésions par morsure, l’obligation de muselière et de laisse également.
  • Irlande (Ó Súilleabháin, The Veterinary Journal, 2015). 3 164 hospitalisations pour morsures entre 1998 et 2013, en augmentation. Conclusion : la législation en vigueur n’est pas une stratégie efficace de réduction des morsures.
  • États-Unis, Missouri (Wyker et Gupta, Frontiers in Public Health, 2024). Municipalités avec et sans restrictions par race, appariées sur population, logement et estimations de possession canine : aucune association avec les passages aux urgences pour morsure.
  • Revue systématique (Duncan-Sutherland et coll., Injury Prevention, 2022), 43 études. Les législations générales de contrôle canin — laisse, gestion des chiens errants, amendes — réduisent les taux de morsures ; la législation propre aux races « a eu moins d’effet ».
  • Canada, Manitoba (Raghavan et coll., Injury Prevention, 2013) — résultat de signe opposé, qu’il faut citer. Winnipeg a interdit les chiens de type pitbull dès 1990 ; la comparaison avant/après à l’échelle de la province montre une baisse significative des hospitalisations, et l’effet est plus marqué chez les moins de 20 ans. Les auteurs restent prudents : l’interdiction « pourrait avoir entraîné » cette baisse.

Le résumé qui résiste aux deux séries de données tient en une phrase : la plupart des mesures d’impact ne trouvent pas d’effet aux interdictions par race, une étude solide en trouve un ; les mesures générales — laisse, stérilisation, gestion des chiens errants, surveillance des enfants — ont, elles, un effet confirmé par plusieurs travaux indépendants. Ce sont précisément celles que le propriétaire d’un chien donné maîtrise lui-même.

Éducation et dressage
American Pit Bull Terrier — éducation et dressage

Le standard UKC formule l’exigence envers le propriétaire comme une obligation : la race requiert quelqu’un qui socialisera et éduquera soigneusement son chien. Deux éléments du même texte fixent le minimum pratique.

  • La clôture. Le standard qualifie la race de l’une des plus douées pour l’escalade et dit qu’une bonne clôture est indispensable. L’enjeu n’est pas la fugue en soi : un chien sorti du terrain se retrouve seul face à des animaux et à des personnes qu’il ne connaît pas.
  • L’obéissance sous excitation. Puisque le standard tient un certain niveau d’agressivité canine pour un trait de race, la compétence clé n’est pas le « assis » au calme, mais un rappel fiable et la rupture de contact quand le chien est déjà excité.

La race travaille bien au renforcement positif associé à des limites claires et constantes. Une pression excessive produit soit le repli, soit une réaction défensive — et l’un comme l’autre dégradent la contrôlabilité au moment où elle serait nécessaire.

Outils adaptés à la race. Le « spring pole » — corde sur ressort suspendue à une branche solide — offre un exutoire légal et contrôlé au besoin de tenir une prise ; le « flirt pole » (longue canne munie d’un leurre) sert à travailler les ordres « prends » et « lâche ». Ces outils n’ont de sens qu’assortis d’une règle : le départ et l’arrêt appartiennent à l’humain. Il s’agit d’apprendre au chien à s’allumer et à s’éteindre, pas de le survolter.

Enfin, compte tenu de ce que dit le standard sur l’agressivité intraspécifique, la promenade libre avec des chiens inconnus n’est pas, pour un APBT adulte, un acte neutre par défaut : c’est une décision à prendre au cas par cas, en connaissant le chien que l’on a.

Activité physique : plus qu’une simple promenade
American Pit Bull Terrier — activité physique

Une demi-heure de marche le matin ne suffira pas. Le standard décrit un chien bâti pour un travail qui associe la force à l’endurance ; sans emploi, cette mécanique se trouve elle-même une occupation — objets détruits et excitabilité croissante.

La comparaison avec d’autres types de travail éclaire la différence. Le Foxhound anglais est construit pour la poursuite prolongée sur la piste : son endurance est avant tout une endurance de course. L’APBT combine endurance de course et endurance de force ; il lui faut non pas des kilomètres, mais du travail musculaire — montées, natation, traction, jeux de prise encadrés. Le Lévrier irlandais, malgré sa taille, fonctionne autrement : par accélérations brèves, et se montre nettement plus calme au quotidien.

Deux limites souvent oubliées. La race n’a pas de sous-poil : elle supporte mal le froid, et le poil court ne protège pas davantage de la chaleur — le coup de chaleur est un risque réel à l’effort en été. Et un chien jeune ne doit pas recevoir de charges d’impact — sauts de hauteur, longues courses sur sol dur — tant que la maturation articulaire n’est pas achevée.

Alimentation
American Pit Bull Terrier — alimentation

La ration se construit autour d’une protéine animale de qualité et d’un contrôle strict du poids : sur cette constitution, les kilos superflus frappent les articulations en premier. Glucides complexes et en quantité modérée. En hiver, la part de matières grasses est généralement à relever, faute de sous-poil.

La peau est un sujet à part. Une prédisposition aux dermatoses allergiques étant documentée dans ce groupe de races (voir la section santé), la réaction à un nouvel aliment se surveille méthodiquement : rougeurs entre les doigts, sur le ventre et dans les oreilles, grattage, changement d’odeur. Tout changement de ration se fait progressivement et composant par composant — sans quoi la cause reste introuvable.

Type de régimeAvantagesPoints de vigilance
Croquettes industriellesComposition équilibrée, dosage prévisible.Difficile d’isoler un allergène dans une formule à nombreux composants.
Ration ménagèreContrôle total des ingrédients, ce qui facilite un régime d’éviction.Équilibrage compétent en vitamines et minéraux indispensable : sans calcul, la ration devient vite carencée.
MixteCompromis parfois pratiqué.Complique l’équilibrage et la recherche de la cause d’une réaction.
Santé : ce qui est documenté
American Pit Bull Terrier — santé et risques génétiques

La liste qui suit recense des risques documentés pour la race et ses plus proches parents ; ce n’est pas un pronostic pour un chien donné. Autre réserve : n’étant pas reconnu par la FCI, l’APBT n’entre pas dans les programmes nationaux de dépistage bâtis autour des races FCI, et une partie des chiffres ci-dessous concerne donc l’American Staffordshire Terrier. L’espérance de vie habituellement indiquée pour la race est de 12 à 14 ans.

  • Dysplasie de la hanche et du coude. Une étude de population fondée sur les données du Kennel Club suédois (Engdahl et coll., Veterinary Record, 2026) a porté sur 114 568 chiens de 72 races dépistés entre 2007 et 2016. L’American Staffordshire Terrier arrive au troisième rang pour la dysplasie de la hanche — 64,2 % (derrière le dogue de Bordeaux, 75,4 %, et le bullmastiff, 65,1 %) — et au troisième rang également pour la dysplasie du coude, 34,9 %. Réserve des auteurs : les cas les plus sévères peuvent être sous-représentés, les chiens symptomatiques jeunes n’étant pas nécessairement présentés au dépistage.
  • Démodécie et dermatoses allergiques. Une étude rétrospective de l’hôpital vétérinaire universitaire de Davis (Bowden et coll., Veterinary Dermatology, 2018 ; 431 chiens, 2000–2016) a identifié deux groupes prédisposés à la démodécie : le groupe des pit bull terriers et le West Highland white terrier, et a trouvé les dermatoses allergiques associées à la démodécie. Note plus rassurante : la rechute après traitement s’est révélée peu fréquente — 11 % des chiens suivis à long terme.
  • Céroïde-lipofuscinose neuronale tardive (l’ataxie de l’AmStaff). C’est la maladie héréditaire la mieux étudiée dans l’entourage immédiat de la race. Abitbol et coll. (PNAS, 2010), sur des lignées américaines et françaises d’American Staffordshire Terrier, ont établi une transmission récessive et identifié un variant spécifique de race dans l’exon 2 du gène ARSG (substitution p.R99H), qui abaisse d’environ 75 % l’activité de l’enzyme sulfatase. Cliniquement : ataxie progressive à début adulte, avec atrophie cérébelleuse ; un cas confirmé a été décrit dans la pratique européenne (Nolte et coll., 2016). Un travail récent (Kick et coll., Veterinary Sciences, 2025) montre que les chiens atteints présentent aussi des réponses rétiniennes diminuées à l’électrorétinographie, les propriétaires de 8 chiens sur 11 ayant signalé une baisse de vision. Conséquence pratique : un test ADN existe, et dans les lignées apparentées aux AmStaffs la question du statut des parents est légitime. Les sources documentent le variant chez l’AmStaff : l’étendre à n’importe quel APBT comme un fait établi n’est pas admissible.
  • Rupture du ligament croisé crânial. D’après les données de la médecine vétérinaire de première ligne en Angleterre (Taylor-Brown et coll., Veterinary Surgery, 2015 ; 171 522 chiens), la prévalence du diagnostic est de 0,56 %. Le Staffordshire Bull Terrier figure parmi les races à probabilité accrue par rapport aux croisés. Autres facteurs indépendants : poids plus élevé au sein d’une même race, âge supérieur à trois ans, stérilisation chez les femelles (probabilité deux fois plus élevée que chez les femelles entières).
  • Surdité. La surdité uni- ou bilatérale figure dans les disqualifications du standard UKC — l’indice le plus direct que le registre tient le problème pour réel dans la race. Faire tester l’audition d’un chiot avant l’achat a du sens, surtout dans les lignées comportant beaucoup de blanc.
  • Cataracte héréditaire — ce que coûte le mot « pitbull » comme parapluie. La mutation du gène HSF4 responsable d’une cataracte héréditaire est documentée chez le Boston terrier et le Staffordshire Bull Terrier (Mellersh et coll., Veterinary Ophthalmology, 2009). Or Staffordshire Bull Terrier et American Pit Bull Terrier voyagent couramment sous le même mot, alors que leurs risques génétiques diffèrent — raison de plus pour bâtir le dépistage autour d’une race et d’une lignée précises.

Au moment d’acheter un chiot, les questions à l’éleveur doivent donc être concrètes — dépistage articulaire des parents, état cutané dans la lignée, statut ARSG dans les lignées apparentées aux AmStaffs, test auditif. La formule « les parents sont en bonne santé » ne remplace aucun de ces points. Le standard UKC disqualifiant aussi bien l’agressivité que la timidité extrême, les deux extrêmes de comportement chez un chiot sont des motifs de renoncer.

Avantages et inconvénients de la race
American Pit Bull Terrier — avantages et inconvénients de la race
En faveur de la raceContre
Attachement à son humain et à sa famille ; le standard relève une amabilité qui va jusqu’aux inconnus.Le standard décrit un certain niveau d’agressivité envers les chiens comme un trait de la majorité des sujets.
Grande capacité d’apprentissage et aptitude au sport, du weight pulling à l’agility.Exige un travail quotidien qui ait du sens, pas seulement une promenade.
Poil court, entretien minimal.Pas de sous-poil : supporte mal le froid, et le risque de coup de chaleur augmente à l’effort en été.
Constitution puissante et endurante tant que l’extérieur reste exempt d’exagérations.Risques documentés : dysplasie articulaire chez le parent le plus proche, démodécie, dermatoses allergiques, surdité inscrite aux disqualifications.
Un standard précis et publiquement accessible, avec des exigences explicites de tempérament.Statut juridique : selon les pays, interdiction d’introduction, stérilisation, muselière, permis ; difficultés possibles de location et d’assurance.
Aptitude à grimper et puissance : un atout en sport.La même aptitude impose une clôture que le standard qualifie d’indispensable.
Faits intéressants sur la race
  • Le numéro d’enregistrement 1. C. Z. Bennett, fondateur de l’UKC, a attribué la toute première inscription du club à son propre APBT, Bennett’s Ring, en 1898 : le registre a commencé par cette race.
  • Un chien qui escalade les murs. Non pas une légende urbaine, mais une ligne du standard : l’UKC qualifie la race de l’une des plus douées pour l’escalade et en tire l’exigence d’une clôture solide.
  • Mauvais gardien — selon le document officiel. Le même standard dit que l’APBT n’est pas le meilleur choix comme chien de garde, parce qu’il est trop amical, même avec les inconnus.
  • Une histoire commune, des documents distincts. Le standard AKC de l’American Staffordshire Terrier, approuvé le 10 juin 1936, fait toujours foi ; la FCI tient l’AmStaff sous le numéro 286, tandis que l’APBT est absent de sa nomenclature.
  • Sergent Stubby. Le plus célèbre quadrupède de la Première Guerre mondiale, qui alertait les soldats des attaques au gaz, est traditionnellement cité parmi les pitbulls illustres. Il n’avait aucun pedigree — et cette histoire illustre le sujet de cette page : la race qu’on attribue à un chien lui est attribuée d’après son allure.
Questions fréquentes (FAQ)

Est-il vrai que les pitbulls ont une « mâchoire qui se bloque » ?

Aucun mécanisme de verrouillage n’existe chez le chien ; le standard UKC décrit chez l’APBT un articulé en ciseaux ordinaire, sans anatomie mandibulaire particulière. La « prise mortelle » est le versant comportemental du trait déjà décrit. La différence entre « ne peut pas » et « ne veut pas » est décisive, car seule la seconde se travaille.

Peut-on avoir un APBT dans une famille avec des enfants ?

Le standard UKC relève que la race « a toujours été remarquée pour son amour des enfants ». Plus utile encore : les circonstances des incidents les plus graves. Chez Patronek et coll. (2013), 87,1 % des cas mortels se sont produits en l’absence d’une personne valide capable d’intervenir, et dans 77,4 % la victime avait une capacité réduite à interagir correctement avec un chien. Ce qui décide, c’est donc la présence d’un adulte et la maîtrise de la situation. La réglementation britannique introduit d’ailleurs, au 1er novembre 2026, une exigence explicite de surveillance des contacts avec les enfants de moins de 12 ans.

Peut-on le faire cohabiter avec d’autres chiens ?

Le standard UKC le dit sans détour : la plupart des sujets manifestent un certain niveau d’agressivité envers les chiens, et c’est pour cela que la race exige une socialisation et une éducation soigneuses. Ce n’est pas une sentence pour chaque paire de chiens, mais un trait qui s’anticipe : repas séparés, gestion des ressources, clôture fiable, travail du rappel, décision réfléchie quant aux parcs en liberté.

Un American Pit Bull Terrier peut-il être détenu légalement en France ?

Le droit français raisonne par type et par inscription à un livre généalogique, non par nom de race. Un chien de type American Staffordshire terrier non inscrit relève de la 1re catégorie : achat, vente et don interdits, stérilisation obligatoire, accès aux lieux publics et aux transports fermé, permis délivré par le maire, évaluation comportementale, formation du maître, assurance. Et comme la FCI ne reconnaît pas l’APBT, l’inscription à un livre des origines sous ce nom n’est pas possible.

Pourquoi mon croisé peut-il être classé « pitbull » ?

Parce que la loi décrit le plus souvent un type et non une race. La notice britannique le formule ainsi : l’appartenance à un type interdit dépend de l’apparence du chien, non de sa race ni de son nom. L’annexe II espagnole ne nomme aucune race : elle énumère des mesures et des caractères de constitution. Chez Olson et coll. (2015), le personnel des refuges classait 52 % des chiens comme de type pitbull, contre 21 % pour l’analyse ADN.

Vidéo sur la race
Avantages
  • Attachement à sa famille ; le standard UKC relève une amabilité qui va jusqu'aux inconnus
  • Grande capacité d'apprentissage et aptitude au sport, du weight pulling à l'agility
  • Poil court, entretien minimal
  • Un standard public et détaillé, avec des exigences explicites de tempérament
Inconvénients
  • Un certain niveau d'agressivité envers les chiens : selon le standard, un trait de la majorité des sujets
  • Contraintes légales selon les pays : interdiction d'introduction, permis, muselière, stérilisation
  • Exige un travail quotidien qui ait du sens et une clôture fiable
  • Pas de sous-poil : supporte mal le froid, risque de coup de chaleur à l'effort en été
Comparaison avec des races similaires
American staffordshire terrierStaffordshire bull terrierBoxer
Taille43–48 cm36–41 cm53–63 cm
Énergie4.54.54.5
Appartement343
Débutants2.533.5
Questions fréquentes
Les pit-bulls sont-ils agressifs envers les gens ?
Le standard UKC qualifie le comportement agressif envers l'homme de non caractéristique et hautement indésirable, et inscrit l'agressivité comme la timidité extrême parmi les disqualifications. Selon les statistiques du test de tempérament ATTS (janvier 2023), 841 chiens sur 960 ont réussi, soit 87,6 % ; pour le Golden Retriever, 718 sur 836, soit 85,9 %. À retenir : les chiens sont présentés volontairement par leurs propriétaires, et aucun des dix sous-tests ne met le chien face à un autre chien.
Peut-on le faire cohabiter avec d'autres chiens ?
Le standard UKC indique que la plupart des sujets manifestent un certain niveau d'agressivité envers les chiens et exige pour cette raison une socialisation et une éducation soigneuses. Cela s'anticipe : repas séparés, gestion des ressources, clôture fiable, travail du rappel.
Un American Pit Bull Terrier peut-il être détenu en France ?
Le droit français raisonne par type et par inscription à un livre généalogique. Un chien de type American Staffordshire terrier non inscrit relève de la 1re catégorie : achat, vente et don interdits, stérilisation obligatoire, muselière et laisse, accès fermé aux lieux publics et aux transports, permis de détention délivré par le maire, évaluation comportementale entre 8 et 12 mois, formation du maître et assurance. Comme la FCI ne reconnaît pas l'APBT, l'inscription à un livre des origines sous ce nom n'est pas possible.
Et ailleurs en Europe ?
L'Allemagne interdit l'introduction et l'importation des Pitbull-Terrier, American Staffordshire-Terrier, Staffordshire-Bullterrier, Bullterrier et de leurs croisements. Au Royaume-Uni, le type pit bull terrier relève de l'article 1 du Dangerous Dogs Act 1991 et suppose un certificat d'exemption. En Espagne, la race figure à l'annexe I du Real Decreto 287/2002 et exige une licence municipale ; en Pologne, elle ouvre la liste des races réputées agressives (arrêté du 28 avril 2003).
Pourquoi mon croisé peut-il être classé « pitbull » ?
Parce que la loi décrit le plus souvent un type et non une race : la notice officielle britannique précise que l'appartenance à un type interdit dépend de l'apparence du chien, non de sa race ni de son nom. La fiabilité de ce jugement a été mesurée : chez Olson et coll. (The Veterinary Journal, 2015), le personnel des refuges classait 52 % des chiens comme de type pitbull, contre 21 % pour l'analyse ADN.
La race est-elle reconnue par la FCI et l'AKC ?
Non. Le groupe 3 « Terriers » de la nomenclature FCI comprend le Bull Terrier (n° 11), le Staffordshire Bull Terrier (n° 76), l'American Staffordshire Terrier (n° 286) et le Bull Terrier miniature (n° 359) — l'American Pit Bull Terrier n'y figure pas. L'AKC tient l'AmStaff, dont le standard officiel a été approuvé le 10 juin 1936. L'APBT est enregistré par l'UKC (première inscription : Bennett's Ring, 1898) et l'ADBA (fondée en septembre 1909).
Sources

UKC standard 2017 · AKC · FCI · ADBA · ATTS 2023 · JAVMA 2013 · Vet Rec 2026

Share This Article